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De quoi allons nous parler?

Marie-Anne et Isabelle Lambert | 03/25/2009 | Numérisation

Ces chroniques ayant été rédigées en partant des notions les plus simples, nous invitons les internautes qui le souhaitent à se référer au blogue n°1 De quoi allons-nous parler.

1. Un contexte français en pleine mutation


Le train de la numérisation est lancé depuis 15 ans en France, mais avec une grande disparité selon les secteurs. Il a démarré avec l’édition professionnelle (notamment dans le secteur juridique chez Wolters Kluwer, Reed-Elsevier par exemple, la mise-à-jour constante des bases de données ayant favorisé dès les années 1990 cette mutation), puis avec les éditeurs scolaires autour du « cartable électronique » et les éditeurs de littérature générale avec les premiers « e-readers », deux essais du début des années 2000 qui se sont soldés par des échecs économiques.

1.1 Un marché encore immature

Les Assises du SNE (Syndicat National de l’Edition) se sont tenues au Salon du livre de Paris, le 17 mars dernier et ont été “l’occasion de poser des questions auxquelles nous ne sommes pas encore en mesure de répondre, remarque le président du SNE, Serge Eyrolles. Le numérique élargit l’offre mais le modèle économique n’est pas encore là. Il s’agit avant tout de confronter des expériences et d’apporter une réponse collective, d’avancer ensemble”.

En effet « Le livre numérique représente aujourd’hui en France moins de 0,1 % du marché de l’édition et l’offre actuelle de titres disponibles est encore extrêmement réduite (*) comparée aux secteurs du disque et de la vidéo. Le retard ou la timidité du livre à basculer, pour son bonheur ou son malheur, dans le numérique traduit parfaitement le fait que les facteurs déterminants pour une révolution numérique ne sont pas encore réunis. » écrit Hervé Gaymard dans le rapport sur le livre qu’il vient de remettre à la Ministre de la Culture le 10 mars dernier (**). Pour preuve, les statistiques du SNE ne prennent pas encore en compte le livre numérique.

1.2 Premiers indices à décoder

Pratiques actuelles
En ce qui concerne l’achat des livres, les lecteurs ont encore l’habitude de voir, toucher, feuilleter avant d’acheter : les ventes sur internet de livres papier n’ont représenté en 2008 que 6 à 8% du chiffre d’affaires de la vente totale des livres en France. Les librairies traditionnelles et les grandes surfaces culturelles restent encore fortement ancrées dans les habitudes puisqu’elles représentent les 2/3 des ventes.

À la question « Avez-vous l’intention de télécharger sur des sites payants les contenus culturels suivants ?», 40 % des Français répondent « oui » pour le cinéma, la vidéo ou le disque ; ils ne sont que 5 % à dire la même chose pour le livre (source 2009, GfK, institut de sondage spécialisé dans les industries culturelles).

Pratiques de demain?
À la question « téléchargez-vous des livres ? » : 83% des internautes français répondent non, 9% oui déjà, 8% oui c’est mon intention. L’interprétation que l’on peut faire ici est contradictoire : ou bien il n’y a pas de demande ou bien elle existe mais il n’y a pas d’offre, donc elle ne peut pas s’exprimer.

À la question « avez-vous l’intention d’acheter un e-book reader ? » : 83% des déclarants répondent oui pour lire de la presse et des livres, mais à 63 € » (les readers disponibles en France valent 300 € / 450$ can) :

-71% « pour télécharger de la littérature, à un prix moyen de 6€ /10,13 $can pour un roman au lieu de 14€ /23,66 $ can pour la version papier.
-40%  pour télécharger de la BD, à un prix moyen de 5€/8,45$can au lieu respectivement de 9€/15,20$can pour la version papier. »

Ces résultats rendus publics mardi 17 mars par l’institut GfK montrent bien l’écart qu’il y a entre les aspirations relativement fortes de la part du grand public et une offre quasi embryonnaire chez les éditeurs du pays. Une sorte de grand écart quand on sait que la plupart des acteurs de la chaîne du livre, depuis les producteurs de fichiers numériques jusqu’aux diffuseurs, agrégateurs et libraires chargés de leur commercialisation ne semblent pas prêts à se lancer sur une grande échelle avant 6 à 18 mois.

En conclusion, si la demande du grand public est sans doute porteuse de développements rapides, elle est encore frémissante, et ce sont les marchés institutionnels et professionnels qu’il faut travailler aujourd’hui. Les bibliothèques universitaires notamment, les professionnels et les entreprises offrent les opportunités d’un marché réel, perspectives que nous développerons dans un prochain blogue.

Ce serait donc bien l’offre (contenus disponibles et supports adaptés à part l’ordinateur) qui serait lacunaire. Est-ce la raison pour laquelle le Salon du livre de Paris 2009 s’est autant focalisé sur le livre numérique ? Raison pour laquelle aussi les groupes La Martinière et Gallimard viennent de s’associer pour lancer à l’automne la distribution numérique de leurs livres via la plate-forme de la société québécoise De Marque ? Autant d’indices en forme d’appel d’air pour les éditeurs canadiens qui seraient prêts avant ? Affaire à suivre…

Notes de bas de page
(*) Commentaire de la blogueuse : seulement 30 000 titres francophones disponibles chez le plus gros agrégateur,
(**) « SITUATION DU LIVRE : Évaluation de la loi relative au prix du livre et Questions prospectives. », Rapport à la Ministre de la Culture et de la Communication remis par H. Gaymard, mars 2009.

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