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E-books et piratage en France : un état des lieux
Marie-Anne et Isabelle Lambert | 02/16/2010
A l’heure où bon nombre d’entre vous s’apprêtent à exporter des livrels ou à réfléchir à leur politique d’exportation numérique en France, il nous a semblé intéressant d’y dresser le bilan des pratiques de piratage et des différentes réponses apportées par les éditeurs à ce problème.
La première étude parue sur le sujet (*) analyse l’offre illégale des livrels, sa nature, les éditeurs les plus concernés, les méthodes de piratage les plus répandues et estime les quantités piratées. Elle porte sur les livres, bandes dessinées et livres audio en français, payants et sous droits. A noter que les périodiques, qui représentent 70 à 80 % des fichiers disponibles en téléchargement illégal, ont été exclus de l’analyse. Elle met en évidence quelques pratiques révélatrices de ce qui pourrait s’accentuer à l’avenir.
1. Le piratage ne concernait à l’été 2009 que 1% des titres disponibles légalement au format papier, soit 4 000 à 6 000 références différentes dont environ 3 000 à 4 000 bandes dessinées. Un nombre dont on ne sait pas encore avec certitude si l’augmentation sera liée à celle de l’offre légale disponible ou pas, ce qui fait débat en France (voir infra). « Il serait plus juste de parler de mise à disposition et/ou de téléchargement illégal de livres au format numérique que de piratage. Ce terme, dans son acception judiciarisée, évoque en effet davantage un phénomène de contrefaçon organisée dans un but lucratif, ce qui n’est pas le cas en matière de livrels, comme en témoigne notre recherche pour les besoins de cette étude. » explicite Mathias Daval, l’auteur du rapport.
2. Les circuits de diffusion les plus utilisés sont le « direct download » ou le réseau peer to peer eDonkey.
3. Sont les plus disponibles en téléchargement illégal :
- les ouvrages pratiques illustrés et les meilleurs vendeurs de littérature (Bernard Werber, Amélie Nothomb) et enfin quelques philosophes (Gilles Deleuze),
- les spécialités suivantes : STM, philosophie, cuisine, science-fiction et informatique ;
- mais seulement 8% des ouvrages du top 50 des ventes papier.
4. Sont les plus piratés :
- les éditeurs a très forte notoriété, les premiers français étant Gallimard, Dunod (éditeur professionnel), Hachette;
- des ouvrages récents, de moins de 10 ans, mais peu de nouveautés en rayon dans les points de vente – ce qui, à notre avis, pourrait changer assez rapidement-;
- depuis des versions papier scannées, ce qui prend en moyenne 8 h pour avoir une bonne qualité, pèse lourd (autour de 30 Mo) donc révèle l’importance du nombre d’illustrés.
- à 95% des ouvrages non disponibles en version numérique. De là à supposer qu’une fois l’offre de livrels parvenue à maturité, le piratage diminuera, il n’y a qu’un pas. Un pas que fait le SLF, Syndicat de la Librairie Française, à travers son vice- président Matthieu de Montchalin : « La mise à disposition du consommateur d’une offre numérique légale, complète, identifiable, facile à utiliser et accessible freinera obligatoirement le piratage des œuvres» (**), mais pas les auteurs de l’étude. Ces derniers pensent qu’ « on limitera le téléchargement illégal, pas le piratage » et sont convaincus que « l’offre numérique légale s’imposera si elle est bien pensée et attractive. Dans le secteur de la musique on s’aperçoit que les internautes se dirigent vers l’offre légale depuis que les plateformes proposent des fichiers bon marché, de très bonne qualité et facilement accessibles (NDLR : ils déconseillent les DRM). Les gens n’ont pas envie d’être dans l’illégalité. […]Aujourd’hui, du fait de la difficulté à produire un fichier illégal, le livre résiste un peu au piratage. Mais cela ne durera pas. Il me paraît essentiel que les éditeurs développent eux-mêmes une offre attractive afin de garder la main, plutôt que d’assister au pillage de leurs œuvres» (***).
Une invitation à la réflexion sur la stratégie d’exportation que les éditeurs canadiens auront, selon les spécialités couvertes par leur maison d’édition, envie de mettre en oeuvre. Une étude à lire absolument, notamment les conclusions, car elles contiennent en partie les solutions qu’ont commencé à mettre en pratique les confères français et dont nous parlerons au prochain blogue.
(*) « EbookZ ?Étude sur l’offre numérique illégale des livres français sur Internet en 2009 », par Mathias Daval (Edysseus Consulting), publiée par le MOTIF, observatoire du livre et de l’écrit en Ile de France, octobre 2009, Paris. Disponible en ligne sur http://www.motif.fr.
(**) et (***) Source : Livres-Hebdo 29/01/2010, p. 10.
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