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2010, année des grandes Manoeuvres pour le livre numérique en France
Marie-Anne et Isabelle Lambert | 02/01/2010
Après les frémissements de 2008, après les mises en places qui ont marqué 2009 - création des plates-formes de diffusion-distribution dans les grands groupes qui n’en avaient pas encore, mobilisation de la profession dans son ensemble y compris en littérature (alors que jusqu’à présent seuls les éditeurs des secteurs professionnels comme le juridique s’étaient adjoint compétences et revenus liés au numérique) -, 2010 apparaît comme l’année des grandes Manœuvres, avec un grand M.
Tous les grands acteurs de la chaîne du livre, depuis les libraires jusqu’aux grands diffuseurs qui sont par ailleurs éditeurs (dont Editis ou Hachette) sont passés de la phase «observation» à la phase «rapports de force». En 2009 la vente de livres sous forme de fichiers numériques n’a pesé que 0,1 % à 0,2 % du chiffre d’affaires des éditeurs français (1), mais les perspectives de croissance se concrétisent avec le succès des éditeurs de BD sur AppStore notamment. Certains éditeurs français pensent qu’elle atteindra 5% à 10% de leur CA d’ici 3 à 5 ans, sans toutefois avoir bien en tête encore le modèle économique le plus performant. Il leur faut néanmoins se positionner et, comme au jeu de dames, placer leurs pions sur les diagonales. On ne se regarde plus en “chiens de faïence”, on se parle par voie de presse.
Pour preuve, le groupe Hachette se déclarait dernièrement hostile à une plateforme interprofessionnelle de distribution du livre numérique gérée conjointement par les éditeurs et les libraires (proposition émanant du Syndicat des distributeurs de loisirs culturels (SDLC) et du Syndicat de la librairie française (SLF). Cette proposition est inspirée par le modèle allemand Libreka, qui semble réussir Outre-Rhin, et recueillir les faveurs de nombreux éditeurs en France. Pour Arnaud Nourry, PDG d’Hachette, “A chacun son métier, il revient aux éditeurs et à eux seuls (...) de numériser leurs ouvrages et de les mettre à disposition des libraires via une plateforme de stockage et de distribution”.
Pour preuve encore, le même Arnaud Nourry vient de rappeler que les éditeurs français ont créé “trois grandes plateformes différentes”, Numilog (Hachette Livre), Eden Livres (Flammarion, Gallimard, La Martinière) et e-Plateforme (Editis, Média-Participations). Au demeurant il renouvelle ses incitations de fin 2009, proposant aux éditeurs “ de constituer une interface commune offrant aux libraires la facilité d’un seul accès ». Pour un investissement “faible”, d’environ 750 000 $ CAN,“ce «hub» pourrait être lancé dans les trois prochains mois”, et prendre la forme juridique d’un groupement d’intérêt économique (GIE), dont chacun des trois grands acteurs pourrait détenir un tiers du capital. Si ce projet se réalisait, c’est toute l’économie du livre numérique qui se concentrerait d’un seul coup. C’est dire que ce scenario a peu de chance de se réaliser, mais qu’il révèle toutes les tensions sous-jacentes du milieu.
De fait, Alain Kouck, PDG d’Editis, n°2 du secteur en France après Hachette, semble adopter la posture opposée : « Un des vrais changements pour le livre est qu’avec Internet les libraires ne sont plus un intermédiaire obligé entre les lecteurs et les livres. Dans ces conditions, l’enjeu principal concerne l’avenir de la librairie en France : si, demain, 5 % du chiffre d’affaires de l’édition se fait dans le numérique, il faut que les libraires soient associés aux bénéfices de la vente en ligne » (1).
Affaire à suivre de près pour les éditeurs canadiens, qui se situant plutôt dans le camp des éditeurs français de petite et moyenne taille, ont intérêt à trouver promptement leurs alliés avant que le marché ne soit – trop ? - aux mains des leaders ?
(1) Alain Beuve-Méry, « LE MONDE DES LIVRES », 08.01.10
(2) Source Livres-Hebdo 19 janvier 2010.
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Google et les irréductibles Gaulois
Marie-Anne et Isabelle Lambert | 01/20/2010
Il y aurait à date dans le monde environ 10 millions de titres numérisés, parmi lesquels 20 % libres de droits, 5 % sous droits et 65 % épuisés (tout du moins aux Etats-Unis) ou dits “orphelins” de leurs ayants droit, non identifiés ou introuvables. En France, dans le procès fleuve qui opposait depuis 3 ans le moteur de recherche aux éditeurs français le jugement, reporté plusieurs fois, a été rendu fin 2009 : il est favorable aux éditeurs français. Jugement isolé ou jurisprudence significative ?
Google a été condamné à verser au groupe La Martinière 441 000 $ can (300 000 €) de dommages-intérêts et à une astreinte financière quotidienne de 14 700 $ can (10 000 euros) s’il n’arrête pas la numérisation d’ouvrages du groupe, et la représentation de leurs extraits sur books.google.fr, dans les 30 jours suivant la signification du jugement - fin janvier -, ainsi qu’à verser un euro symbolique au SNE (Syndicat National de l’Edition ) et à la SGDL (Société des Gens de Lettres, les auteurs). De plus, interdiction lui est faite de reproduire des ouvrages et d’en montrer des extraits sous peine d’avoir à payer 10 000 euros par jour de retard, enfin obligation lui est dévolue de publier cette condamnation dans trois journaux et sur la page d’accueil du site Google Live.
Ce jugement fait appliquer la loi française et non le “fair use” américain invoqué par Google. « Le tribunal a bien condamné la numérisation massive sans autorisation et a jugé que la présentation d’extraits ne relevait pas du droit de citation. Un appel risquerait surtout d’aggraver ce premier jugement» a dit l’avocat du groupe La Martinière. En effet, si Google maintenait sa position, l’astreinte pourrait lui revenir à 5,37 millions de $ canadiens sur une base annuelle, au cas où il n’en obtenait pas la levée en attendant le résultat de l’appel qu’il a l’intention de déposer.
Certes, Google a réagi en indiquant d’une part son intention de faire appel de cette décision, d’autre part son interprétation du jugement : « Ce qu’on nous a interdit, c’est de poursuivre la numérisation, mais surtout l’affichage de ces ouvrages, et uniquement les ouvrages de La Martinière », a déclaré le responsable juridique de Google France. « Ce n’est pas une injonction générale d’interdiction de référencer tous les ouvrages de tous les éditeurs, c’est uniquement, d’abord les ouvrages sous droit d’auteur, et ceux de La Martinière », a-t-il ajouté.
En attendant, il s’agit, comme l’exigeait fin décembre Hervé de La Martinière en conférence de presse, d’obtenir de Google le retrait de ce qui a déjà été numérisé et l’arrêt de toute reproduction supplémentaire : «La diffusion de nos livres numérisés doit passer par la plate-forme Eden que nous avons constituée avec Gallimard et Flammarion, et qui disposera de moyens renforcés. Il n’est pas question que Google numérise nos ouvrages pour notre compte. C’est un client comme un autre pour la diffusion de nos titres, mais c’est une entreprise efficace et il n’y aurait pas de raison qu’on ne passe pas d’accord avec eux».
En quoi cela pourrait-il concerner les éditeurs canadiens ? Forts de ce jugement, si besoin était, les canadiens – entre autres – pourraient adopter une position similaire à celle de la France, en se prévalant du droit d’auteur (« C’est la première fois que des auteurs gagnent un procès de ce type contre Google. Nous avons agi sur la base du droit moral, que Google n’avait pas voulu prendre en considération, il y a cinq ans » a déclaré le président de la Société des gens de lettres). Ils seraient alors en droit de réclamer l’arrêt de la numérisation, même réalisée sur le territoire américain et de l’affichage de leurs ouvrages sans accord, mais aussi les dividendes des produits perçus de la vente directe et indirecte des contenus numérisés. Et surtout ce jugement peut tenir lieu d’exemple : les éditeurs canadiens, comme ceux du monde entier, pourraient aujourd’hui maîtriser la diffusion de leurs contenus numériques et, ipso facto, la numérisation de leur catalogue.
Quels e-books (originaux) sous les sapins de Noël à Paris !
Marie-Anne et Isabelle Lambert | 01/04/2010
A dire vrai, le Père Noël aura surtout eu des livrels de …. science ou de sociologie dans sa hotte cette année, donc pas encore de quoi réjouir vraiment le grand public, …… ou bien plein de bons vieux « papels »de littérature générale. Si l’on en juge à l’offre de e-books de la Fnac ou de Dialogues, une des plus grandes librairies de province en France, qui propose 4 000 e-books à la vente, le gros des titres porte encore sur des fonds sérieux, professionnels tels que ceux de l’Harmattan.
Il faut dire que notre Père Noël avait caressé quelques faux espoirs. Il se réjouissait entre autres d’avoir déniché chez Smartnovel une quarantaine de nouveautés numériques originales, conçues pour être lues sur smartphone ou téléphone portable, appelés « Episods » et présentés comme les «premiers romans-feuilletons à lire sur téléphone mobile». Rattachés à divers genres - polar, roman sentimental, livres de jeunesse, héroic fantasy, romans bilingues -, ces épisodes écrits par des romanciers reconnus, tentés par l’aventure du feuilleton (Didier Van Cauwelaert, Marie Desplechin, …), semblent commercialisés sous forme d’abonnement à des prix modiques : entre 2,90 € (4,5 $can) les 10 épisodes et 3,99€ (6 $ can) les 15 épisodes d’environ 2.000 à 3.000 signes. Au moment de passer commande, « clic » et …déception, l’offre n’est pas encore active… « laissez votre courriel et on vous préviendra du démarrage de nos abonnements ! » ; on attendra le prochain Noël pour retenter l’aventure (à moins que l’éditeur n’attende d’avoir engrangé suffisamment d’abonnés potentiels pour lancer son produit, comme le font certains éditeurs d’ouvrages à abonnement professionnels).
Pour les séries à lire le Père Noël est donc allé se fournir chez Leezam - Leezam.com les petits plaisirs littéraires - . Cet éditeur publie des nouvelles numériques et, chaque semaine 2 nouveaux épisodes d’environ 30 minutes de lecture chacun sur le modèle des séries TV : à titre d’exemple « La Toile », qui propose « des intrigues mêlant suspense et émotion vous accompagnant pendant plusieurs semaines ... pour vous immerger rapidement dans chacun des épisodes grâce à la récurrence des lieux et des personnages », le tout pour 9,99 € (15,30 $ can) les 9 premiers épisodes ou 1,59 € (2,43 $ can) à 1,99€ (3 $ can) l’épisode à lire sur i-phone, ordinateur ou e-book reader. Un autre modèle économique en test.
Pour se consoler, Père Noël a terminé ses emplettes avec de la e-BD du côté de Mobilire, en se fournissant chez App Store (dont les meilleures ventes sont des applications de ….BD) et Avecomics. Et là (pour la démonstration, allez voir sur http://www.ave-comics.com/fr/avepreview/, ça vous donnera un arrière-goût de Noël !), enfin, il s’est régalé : la scénographie est magnifique, notamment grâce aux fonctionnalités que permet la lecture sur écran, et a trouvé son bonheur avec des BD, des mangas à 4,99 € (7,6 $ can), soit trois fois moins cher qu’en version papier.
A part en BD, Noël a été un vrai casse-tête pour notre Père Noël, la commercialisation de toutes ces offres ayant été encore relativement confidentielle, à part peut-être, mais nous n’avons pas les chiffres des éditeurs français, celles de chez App Store. Un Noël 2009 numérique en forme d’appel d’air pour les offres d’e-books de Noël 2010 Outre-Atlantique!
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